La recherche de naturel
La composition paysagère est ici entièrement guidée par la recherche de naturel : arbustes et arbres non taillés, gazon vallonné, bulbes fleurissant au printemps. Une rivière s’écoule dans un bassin surmonté d’une rocaille qui évoque une falaise. Un petit cottage souligne le caractère pittoresque de la scène.

© CG92/Musée Albert-Kahn/Bénédicte de CHANGY

© CG92/Musée Albert-Kahn/Lionel BARD
Composition paysagère
Jouxtant le jardin français, le « parc » anglais – comme le nomment les opérateurs d’Albert Kahn – est dessiné sur une parcelle acquise en 1895, la même année que celles qui ont servi à constituer le jardin français, la roseraie et le verger.
Une balustrade en pierre fait découvrir le jardin anglais depuis le jardin français. De modèles paysagers opposés, ces deux scènes communiquent ainsi grâce à un système habile d’ouverture du regard. La régularité du jardin français contraste avec le naturel du jardin anglais mais sans jamais choquer l’oeil du visiteur.
Le jardin anglais déploie une vaste pelouse légèrement vallonnée. Afin d’en accentuer les formes bombées, sa tonte est menée selon une méthode différenciant son pourtour de son centre. Au printemps, le vert du gazon est mis en valeur par des plages de plantes à bulbes (jonquilles et primevères ; narcisses et crocus ; scilles ou fritillaires), qui forment de vastes nappes fleuries. En bordure de la pelouse, des arbustes tels que l’oranger du Mexique ou le lilas complètent le dégradé des couleurs.
Le port libre des végétaux plantés le long du chemin permet un jeu d’ombre et de lumière, et marque le caractère naturel de ce « parc paysager miniature ». Dès la conception du jardin anglais par Albert Kahn, les essences ont été sélectionnées pour les qualités de leur feuillage. En automne, le jardin se teinte d’or et de brun avec la coloration des deux ginkgo biloba, des tilleuls, des bouleaux et des érables. Derrière, des platanes centenaires dissimulent le paysage urbain tout proche.
Les fabriques
Une rivière sinueuse borde la pelouse et se jette dans un petit bassin surmonté d’une « rocaille ». Cet enrochement artificiel, mêlé à une végétation abondante, reproduit une falaise miniature. Pour simuler un paysage naturel, le ciment de la passerelle imite les troncs et les branches d’un arbre. Les techniques utilisées ici sont le « rocaillage » et le « rusticage ». La première consiste à assembler des pierres meulières cimentées sur une armature ferraillée, la seconde à employer du ciment qui reproduit les formes du bois.
L’eau est un élément déterminant dans cette scène anglaise. Le son qu’elle émet durant son cheminement – depuis le « village japonais » jusqu’à la rocaille – maintient attentive l’ouïe du visiteur, tout imprégné du rythme de son cours. La succession de ses chutes (tantôt vives, tantôt douces), et de ses bassins (tantôt larges, tantôt étroits), scande le parcours et le rend ainsi plus vivant.
Un « cottage » (de l’ancien français cot, « chaumière »), décoré de colombages, évoque l’architecture normande traditionnelle. Il est orné d’une fontaine à l’effigie d’un renard qui, autrefois, était accompagné de grappes de raisin moulées en plâtre et disposées le long du mur. Cette sculpture figurait alors la fable de Jean de La Fontaine, Le Renard et les Raisins :

Certain renard gascon, d’autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille
Des raisins mûrs apparemment,
Et couverts d’une peau vermeille.
Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait atteindre :
« Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. »
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?
© CG92/Musée Albert-Kahn/Lionel BARD
Les formes et les matériaux de ce pavillon de jardin – appelé « fabrique » dans le vocabulaire de l’art du jardin – s’inspirent de l’architecture domestique et participent au pittoresque du décor. À l’entrée du village japonais, le puits d’une seconde maison rustique aujourd’hui disparue (une « laiterie ») ponctue également la promenade.
A l'époque d'Albert Kahn
Du temps d’Albert Kahn, les colombages en bois et le clocheton d’une laiterie évoquaient, comme le cottage, l’architecture traditionnelle des maisons normandes. Ici, ni lait frais, ni fromage : ce pavillon de jardin était purement ornemental. Il exprimait un idéal champêtre et bucolique et s’intégrait parfaitement à cette scène paysagère anglaise, pittoresque et naturelle.
Le toit de chaume de cette laiterie faisait écho à celui du pavillon de thé dans le village japonais, tout proche. La proximité, le jeu des contrastes et des liens entre les deux scènes paysagères anglaise et japonaise permettaient ainsi le contact si cher à Albert Kahn entre deux continents : l’Europe et l’Asie. De nos jours, seul subsiste le puits de cette laiterie, à l’entrée du village japonais.
La volière, disparue elle aussi, abritait des colombes et des pigeons domestiques. Son toit de chaume répondait à celui de la laiterie normande, et l’ossature de son corps central (imitant un enchevêtrement d’épaisses branches d’arbres) renvoyait à la passerelle qui la jouxtait.
La volière.
Opérateur non mentionné, 1919, B 2 775 X.
Le jardin anglais d’Albert Kahn et ses fabriques de style normand révèlent qu’il désire représenter à Boulogne les paysages qui lui sont chers. En effet, Albert Kahn demande souvent à son chauffeur de l’emmener, le vendredi soir, sur la côte normande (à Dieppe ou au Tréport). Par ailleurs, il fera plus tard l’acquisition d’une propriété en Angleterre (à Carbis Bay, sur la côte de Cornouailles) et d’une villa en Picardie (à Ault-Onival, dans la baie de Somme), villa « achetée […] en vue de faciliter les vacances de son personnel ».
En hiver
En automne








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