Albert-Kahn, musée et jardin départementaux: Histoire du jardin

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Histoire du jardin

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Au début des années 1890, la fortune d’Albert Kahn est bien assise, il est logique qu’il songe à s’établir. Son choix se porte sur la ville de Boulogne-sur-Seine.

La beauté du cadre environnant a certainement motivé son installation dans cette commune. Les nombreux espaces verts (la forêt de Meudon, les coteaux de Saint-Cloud…) offrent alors un panorama magnifique.

Le banquier s’établit au bord de la Seine, sur le quai du 4-Septembre, transformé depuis le milieu du XIXe siècle en « promenade », pour permettre à Napoléon III et à sa cour de se rendre de sa résidence de Saint-Cloud au bois de Boulogne et à l’hippodrome de Longchamp.
Ce grand axe planté est ponctué de maisons bourgeoises et de parterres de jardins. Il affirme le caractère résidentiel de ce quartier pavillonnaire de Boulogne appelé « Les Abondances ». Les Abondances… L’attrait de ce nom, tout autant que les idées d’opportunités économiques et sociales auxquelles il renvoie, ont peut-être également attiré le banquier.

Albert Kahn s’installe au numéro 6 du quai du 4-Septembre en 1893. Il y loue, avec promesse de vente, un hôtel particulier. Cette maison, construite en brique et en pierre, s’ouvre largement sur la colline de Saint-Cloud. Derrière, deux constructions parallèles servant de communs (chenil, écuries, remises et logements) complètent la propriété. L’une d’entre elles sera détruite par la suite.

allée des roses

Un jardin à l'image d'un monde en paix


En 1894, le paysagiste Eugène Deny aménage le jardin de la maison dont Albert Kahn n’est encore que locataire. Albert Kahn y marque son goût pour l’horticulture.

Albert Kahn se consacre réellement à sa passion pour l’art du jardin dès 1895, lorsqu’il devient propriétaire de l’hôtel particulier qu’il loue depuis deux ans, mais aussi de quatre parcelles de terrain, toutes contiguës et en prolongation directe avec sa maison.

Jusqu’en 1910, il constitue patiemment le terrain de son jardin en achetant progressivement diverses parcelles, puis en les assemblant. Il n’hésite jamais à engager à cet effet de nombreux et lourds travaux, tous destinés à donner un sens à cette « mosaïque » de terrains. Ces acquisitions progressives aboutissent à la création d’un espace composé au final d’une vingtaine de parcelles, rassemblées sur près de quatre hectares.
Cette démarche conduit à la création d’un genre de jardin bien particulier au XIXe siècle : le jardin dit « de scènes ». Chaque acquisition permet à Albert Kahn de créer une nouvelle scène. Chacune d’elles apparaît comme une référence à des courants de l’art des jardins au XIXe siècle : le style « régulier » dans le jardin français, le style « paysager » dans le jardin anglais, le « japonisme » dans le jardin japonais.

Ce jardin joue un rôle bien particulier au sein du projet du banquier. Albert Kahn est animé par un idéal de paix universelle, rendue possible par la connaissance respective de chaque culture. Les jardins, constitués de modèles horticoles de pays différents, expriment eux-mêmes ces idées. Ils sont ainsi le pendant végétal de l’ensemble de son projet, et appartiennent à son oeuvre au même titre que ses diverses fondations.

Arbres fruitiers en fleurs dans le verger, mars 1913.

Autochrome Auguste léon (inv. B 240)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Digitales dans la forêt vosgienne, 1925.

Autochrome Roger Dumas (inv. B 1 728 S)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Erables rouges en pots devant une maison japonaise, avril 1912.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 135)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Intérieur d'une maison japonaise,1925.

Autochrome Roger Dumas (inv. B 1 673)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Jardin anglais, vue d'ensemble de la pelouse, mai 1950.

Autochrome Lefebvre (inv. B 1 738)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'allée des roses, 14 juillet 1914.

Autochrome Georges Chevalier (inv. B 367)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'allée des roses, juillet 1913.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 309)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

L'automne dans le jardin anglais.

Autochrome (inv. B 2 294 X)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La cabane de thé du jardin japonais, 24 octobre 1913.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 283 X)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La façade de temple japonais, avril 1912.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 133)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La forêt bleue, 20 mai 1915.

Autochrome Auguste léon (inv. B 558)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La forêt bleue, 24 mai 1915.

Autochrome Georges Chevalier (inv. B 501)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La forêt dorée, 18 mai 1915.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 579)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La forêt vosgienne.

Autochrome (inv. B 1 882 X)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La pagode, avril 1914.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 385)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La prairie, juillet 1913.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 314)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La prairie, juillet 1913.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 324)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La volière, 1919.

Inv B 2 775 X.
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le marais, août 1914.

Autochrome Auguste léon (inv. B 467)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le marais, juin 1913.

Autochrome Auguste Léon(inv. B 270)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le pont rouge du jardin japonais, avril 1912.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 152)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Les forêts bleue et dorée, 14 mai 1915.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 555)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Parterres de broderies dans le jardin français, août 1910.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 35)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Parterres de cinéraires dans le jardin français,avril 1912.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 137)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Un torii dans le jardin japonais.

Autochrome (inv. B 2 298 XS)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Un torii du jardin japonais, juin 1912.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 219)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Une maison japonaise, 14 mai 1915.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 480)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Une porte japonaise ouvrant sur le jardin anglais, avril 1913.

Autochrome Auguste Léon (inv. B 285)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Une porte japonaise, 27 mai 1915.

Autochrome Georges Chevalier (inv. B 354)
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le renouveau


En 1932, conséquence de la crise financière mondiale qui l’a ruiné, les biens d’Albert Kahn sont saisis et divisés en cinq lots, comprenant les 3,9 hectares de jardins.

À la suite d’une mobilisation des admirateurs de son oeuvre, le département de la Seine acquiert en 1936 l’ensemble de la propriété et les collections d’images.
L’administration – consciente de la valeur de ce patrimoine rare – décide alors de faire de ces « sept plus beaux jardins du monde réunis dans un seul domaine, un conservatoire national de l’art du jardinage » et permet de sauvegarder l’intégrité du site. En 1937, à l’occasion de l’Exposition internationale, les jardins sont ouverts au public. La visite comprend alors un parcours et une projection d’images des collections des Archives de la Planète.

Albert Kahn n’est plus propriétaire de sa maison mais en conserve l’usufruit jusqu’à sa mort, en 1940.

Les années passant, cette création originale perd peu à peu son caractère historique en étant gérée comme un jardin de proximité. Cependant, à partir de 1989, l’équipe de conservation du musée et la Direction des espaces verts du Conseil général des Hauts-de-Seine mènent en concertation des travaux de restauration en s’appuyant sur la documentation iconographique de l’époque d’Albert Kahn et replacent ces jardins dans l’ensemble de l’oeuvre du banquier et mécène.
Le sens intrinsèque des jardins d’Albert Kahn est ainsi toujours perceptible : reflet de ses affinités et de ses attachements personnels, ils sont aussi le miroir de son idéal de réconciliation universelle. De la même manière que la connaissance mutuelle est permise par l’inventaire en images des Archives de la Planète, elle devient effective par l’exposition, la juxtaposition et l’aménagement subtil de scènes paysagères diverses. Aujourd’hui encore, nous découvrons, apprenons à comprendre et apprécions une culture par l’image que le paysage nous en renvoie.

En 1989, le département des Hauts-de-Seine a souhaité rendre hommage à la vie et à l’œuvre d’Albert Kahn par la création d’une œuvre paysagère contemporaine. Ce jardin japonais contemporain, créé par le paysagiste Fumiaki Takano, est une métaphore de la vie de Kahn.

Outre la restauration des jardins dans leur état originel, le conseil général a fait construire en 1990 une galerie d'exposition réalisée par l'architecte Gérard Planes.  

En 2000, après le désastre de la tempête de 1999, la forêt vosgienne a été reconstituée et complétée, nécessitant un investissement considérable du Conseil général.

Festivités et invités célèbres


Bien que de caractère réservé, Albert Kahn ouvre ses jardins à de nombreux invités. L’un de ses collaborateurs précise qu’après la projection d’images des Archives de la Planète, « c’était la visite du jardin : nous commencions toujours par le jardin japonais. Du jardin japonais, nous passions au jardin anglais, du jardin anglais… au jardin français. Ensuite, c’était les Vosges, la forêt bleue et finalement nous arrivions au cercle Autour du Monde. » Parmi les très nombreux visiteurs, quelques proches d’Albert Kahn : Henri Bergson, qui occupe une place particulière car une communion intellectuelle doublée d’une sincère amitié lie depuis longtemps les deux hommes ; Auguste Rodin, auquel le mécène, grand admirateur de son art, a acheté quatre marbres ; Rabindranath Tagore, écrivain et poète indien, prix Nobel de littérature en 1913, reçu souvent avec sa famille.

L’audace du créateur mêlée au savoir-faire des horticulteurs permet une féerie en ce lieu, où l’art du spectacle renforce la magie de la mise en scène. Féerie, d’abord, quand des invités, surpris et désorientés, découvrent qu’au cours d’une même visite les coloris des parterres se sont métamorphosés. Le collaborateur d’Albert Kahn Paul Ducellier raconte : « Oh ! Il y avait quelquefois [des] surprises en ce qui concerne le jardin. C’est ainsi que, lorsque nous passions devant le jardin français […] garni de fleurs bleues, je le faisais remarquer aux visiteurs et le temps que nous fassions le tour par les Vosges […], quand nous revenions, toutes les fleurs étaient rouges. Les visiteurs ne comprenaient pas pourquoi […]. C’est parce que toutes ces fleurs étaient en pots et, dans l’intervalle, tous les jardiniers […] étaient venus retirer les pots bleus pour mettre des pots de fleurs rouges. »
Féerie, encore, à l’occasion de représentations musicales données dans les jardins. Paul Ducellier poursuit : « Monsieur Kahn était ouvert aux arts. Musicien averti, il mobilisait dans son palmarium […] les concerts Colonne […]. Les fleurs étaient pour lui une musique d’accompagnement dont il aimait écrire la partition. »
Féerie, aussi, lors des promenades nocturnes dans la propriété où des ampoules, placées au sol ou disposées dans les arbres, s’éclairent et s’éteignent au rythme des visiteurs retenus à dîner. Cette installation électrique est alors commandée par les jardiniers à l’aide d’un tableau aménagé dans la serre.

Une mise en scène, donc, dans ce jardin de scènes. Albert Kahn sait guider ses invités vers la découverte d’un monde multiple et fascinant.
Des fêtes sont aussi organisées sous des thématiques diverses. Les chroniques de la vie de la société évoquent des « dîners de saisons » : La fête des chrysanthèmes, le 31 octobre 1912. À cette occasion […], [a été organisé] un grand dîner suivi d’une réception dans les serres et les jardins illuminés. La soirée se termina par une série de projections en couleurs récemment rapportées de Mandchourie et Pékin […].

Les invités de la société Autour du Monde sont aussi conviés à découvrir les jardins mais, dans le but de préserver le lieu, l’accès est limité : M. Albert Kahn veut bien ouvrir ses jardins aux membres et à leurs invités, tous les dimanches après-midi de 1 heures à 5 heures. En dehors de ces heures et de ces jours, nul ne pénètre dans les jardins sans autorisation. […] Dans ces jardins, on est prié de ne pas fumer et de s’abstenir de tout acte qui pourrait causer une dégradation.

La propriété de Boulogne reflète ainsi parfaitement l’esprit singulier de son créateur : espace privé d’une personnalité aimant rester en retrait, ce lieu accueille pourtant des fondations et réunit des hommes autour de projets à vocation universelle.


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En savoir plus

A télécharger

Plan-guide des jardins

 

Site Internet du conseil général des Hauts-de-Seine

albert-kahn.hauts-de-seine.net est un site du conseil général des Hauts-de-Seine