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Aspects techniques

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Plaque autochrome, film nitrate, stéréoscopie...


Autant de procédés techniques qui ont permis aux opérateurs des Archives de la Planète de fixer le premier tiers du XXe siècle.

Les aspects techniques sont détaillés dans les pages suivantes.

 

Une malle Vuiton emportée par les opérateurs lors de leurs missions

© CG92/Musée Albert-Kahn/Pascal BEDEK et Bénédicte DE CHANGY

 

Une boîte moderne de conservation des autochromes

© CG92/Musée Albert-Kahn/Pascal BEDEK

 

L'autochrome


Le 17 décembre 1903, les frères Lumière déposent le brevet principal de leur procédé de photographie en couleurs. Commercialisé quatre ans plus tard sous l’appellation d’« autochrome », ce procédé marque une étape décisive dans l’histoire de la photographie : il rend la couleur, jusque-là très complexe à mettre en œuvre, accessible au plus grand nombre, professionnels et amateurs. Les autochromes ne sont pas les toutes premières photographies en couleurs de l’histoire. Mais elles en sont le premier procédé industriel : elles permettent enfin de manière simple et fiable de fixer les couleurs.

L’autochrome repose sur le principe de synthèse additive trichrome (toutes les couleurs sont reproduites à partir de trois couleurs fondamentales). La plaque autochrome est composée de plusieurs couches. Sur un support en verre est étendu un mélange de fécule de pomme de terre teintée en orange, vert et violet. Ces grains de fécule ne mesurent qu’une dizaine de microns (on en dénombre 7 000 par millimètre carré, soit plus de soixante-quinze millions pour une plaque de format 9 x 12 cm) et constituent les filtres trichromes utiles à l’analyse et à la synthèse des couleurs. Du charbon pulvérisé obstrue les interstices laissés libres entre les grains de fécule. Enfin, une couche d’émulsion noir et blanc sensible à toutes les couleurs du spectre recouvre l’ensemble. C’est elle qui produit l’image photographique et les variations de couleurs. Elle joue le rôle d’obturateur. Une herbe verte sur une autochrome est obtenue par l’obturation des grains orangés et bleus, les grains verts laissant passer la lumière. La multitude des combinaisons d’obturation – totale ou partielle – des grains permet de restituer une infinité de couleurs.

La plaque autochrome est d’un emploi très aisé. Elle s’adapte au matériel pour le noir et blanc. La plaque est chargée à l’envers et un filtre coloré doit être utilisé au cours de l’exposition, pour compenser l’excès de sensibilité de l’émulsion au bleu (sans ce filtre, on obtient une dominante violacée). Le problème majeur de l’autochrome est sa faible sensibilité (environ 60 fois moindre qu’une plaque en noir et blanc). L’exposition peut varier entre la seconde et plusieurs minutes. Dans des conditions d’éclairage faible, les personnages ne sont pas assez statiques pour impressionner l’émulsion et laissent des traces fantomatiques. L’emploi de pieds photographiques est indispensable. Cela influe sur l’esthétique des images produites. Les sujets choisis doivent être immobiles : portraits posés, natures mortes, architecture, rues vides…
Le développement s’effectue en deux temps. L’autochrome, reposant sur une simple émulsion noir et blanc, développée normalement donne une image négative. Pour obtenir le positif, on doit utiliser une chimie d’inversion. L’opération totale dure un quart d’heure environ.

Sur le marché de la photographie en couleurs, l’autochrome tient une position dominante pendant plus de 25 ans. Inchangée jusqu’en 1931, elle passera au support souple (Filmcolor) puis en bobine. Les films chromogéniques soustractifs (procédés couleurs argentiques actuels), comme les Kodachrome (1935) et les Agfacolor (1936), remplacent progressivement après guerre les réseaux additifs. La production des autochromes cessera vers 1955. Il n’en reste pas moins que sa longévité reste exceptionnelle dans l’histoire des techniques photographiques.

Avec plus de 72 000 autochromes, le musée Albert-Kahn conserve la première collection au monde.

Maillage  autochrome agrandi au microscope

© CG92/ Musée Albert-Kahn/ Ronan Guinée

 

Boîte de plaques autochromes

 

Pour en savoir plus : le site Internet du centenaire de l'autochrome.

Le film nitrate


Les films 35 mm qui ont été tournés entre 1895 et 1950 ont pour support le nitrate de cellulose.

Fabriqué à partir de la cellulose, polymère naturel, ce matériau est doté, suite à des opérations chimiques, d’une grande souplesse. Utilisable en rouleaux, il a favorisé la naissance du cinématographe. Mais sa nature explosive et hautement inflammable (la nitrocellulose est une sœur de la nitroglycérine) en fait une matière très dangereuse.

Les incendies de films nitrate sont d’une violence extrême et aucun produit ne peut les éteindre (ainsi le tristement célèbre incendie du Bazar de la Charité survenu à Paris en 1897 qui fit plus de 100 victimes ou plus récemment l’incendie qui clôt le film de Quentin Tarantino, Inglourious Basterds).

Appelé « Film Flamme », le film Nitrate brûle à une température comprise entre 150 et 190° C. Il peut même, dans certains cas, s’enflammer spontanément puisque cette température peut être atteinte lors de sa décomposition.

Ce support fragile se dégrade en effet d’une manière inéluctable et irréversible. Il est aussi potentiellement toxique car, lorsqu’il se décompose, il dégage des gaz nocifs. Il devient alors cassant, l’émulsion vire au brun, le film rétrécit, devient collant, sec et finit par se transformer en poudre.

Les films des Archives de la Planète, tournés entre 1908 et 1931, l’ont été sur ce support (il n’a été interdit de fabrication et d’utilisation qu’au début des années 1950).

Ils sont conservés dans les réserves blindées du Service des Archives Françaises du Film du Centre National de la Cinématographie dans l’ancienne Batterie de Bois d’Arcy (Yvelines) à une température de 12° C (+ ou – 2°) et à une hygrométrie de 50% (+ ou – 5%). Ces réserves sont constituées de compartiments en béton d’une capacité de 15 à 18 000 boîtes, afin d’éviter la propagation du feu.

Des tests chimiques et une surveillance constante permettent de déceler les signes annonçant la totale décomposition à venir. Un contrôle permanent de l’environnement et une maintenance sans faille des bâtiments optimisent la durée de vie des films qui doivent être recopiés à plus ou moins brève échéance sur un support photochimique moderne stable, ce qui a été fait pour les films des Archives de la Planète qui ont été sauvegardés de 1981 à 1995.

Ces films anciens sont aussi numérisés afin de permettre facilement leur vente en DVD, leur diffusion sur les chaînes de télévision et leur intégration sur Internet ou à des bases de données, comme FAKIR. Aujourd’hui, certains défauts des films nitrate comme les rayures, le retrait (rétrécissement) et les problèmes de fixité sont aussi restaurés en numérique grâce à des logiciels spécifiques de retouche d’image et des palettes graphiques.

Le procédé Keller-Dorian


Au début du XXe siècle, les inventeurs rivalisèrent d’ingéniosité pour tenter de reproduire la couleur au cinéma.

S’inspirant des travaux de Gabriel Lippmann, prix Nobel de physique, Rodolphe Berthon, opticien et astronome, s’associe à Albert Keller-Dorian, directeur d’une entreprise d’impression de tissus, de papiers peints et de photogravure, pour créer un type spécifique de pellicule permettant d’enregistrer les couleurs.

Ce procédé est dérivé de la synthèse additive trichrome déjà utilisée en photographie (notamment pour l’autochrome).

Le procédé lenticulaire Keller-Dorian utilisait une pellicule en nitrate de cellulose 35 mm noir et blanc dont la  face dorsale était gaufrée par pression à chaud dans un laminoir, pour former des lentilles microscopiques de l’ordre de 520 au millimètre carré. On obtenait ainsi un réseau composé de lignes courbes dont chacune fonctionnait comme un objectif indépendant.

Les appareils utilisés, identiques à ceux employé pour le noir et blanc, étaient munis, au niveau du diaphragme de l’objectif, d’un filtre divisé en trois bandes verticales : une rouge, une verte et une bleue. La combinaison de ce filtre avec le réseau gaufré du support permettait de coder les images en trois sélections correspondant aux trois couleurs fondamentales.

Le procédé devait impérativement être exploité avec une pellicule inversible, la seule à pouvoir être utilisée à la fois pour la prise de vue et pour la projection.

Entre 1928 et 1929, Camille Sauvageot, opérateur des Archives de la Planète fit des essais de prise de vues avec ce procédé. Le musée Albert-Kahn conserve ainsi 1237 m, soit environ 45 mn, de ce genre de films. Capables de restituer le mouvement mais aussi les couleurs, ils peuvent être considérés comme  l’apogée de ce panorama du monde aux visées pacifistes que sont les Archives de la Planète.

Le Département des Hauts-de-Seine, à travers le musée Albert-Kahn, est l’une des seules institutions au monde à avoir sauvegardé et restauré ce genre de films.

 

Les moissons, film couleur, sans lieu ni date. Opérateur : Camille Sauvageot, 1’42. Si nous sommes certains que l’opérateur qui expérimente le procédé Keller-Dorian pour les Archives de la Planète s’appelle Camille Sauvageot, nous n’avons en revanche aucune indication des sujets filmés. « Essais panchromatiques », tel est le titre unique donné par le caméraman aux prises de vues en couleurs qu’il réalise.

La stéréoscopie

Le relief dans les Archives de la Planète


Les collections du musée Albert-Kahn contiennent plus de 6500 plaques stéréoscopiques, principalement au format 4,5x10,7 cm. Une grande part de ce fonds est en N&B, une autre en couleur sur plaque autochrome. La photographie stéréoscopique, pratique alors très répandue chez les amateurs, est le premier mode d’enregistrement du réel tenté par Albert Kahn. Support photographique unique lors de son tour du monde en 1908, les plaques stéréoscopiques sont progressivement complétées puis supplantées les années suivantes par la plaque autochrome 9x12 cm. Leur utilisation s’arrête alors, le médium ne répondant pas à l’enjeu du projet : capter le réel en couleur et le partager par la projection. L’appréciation du relief reste un plaisir individuel nécessitant des appareils spécifiques.

La technique de la stéréoscopie est une illusion : elle nous rend la sensation de relief à partir de deux images planes. Le principe et les premiers appareils ont été définis par l’anglais Charles Wheatstone en 1838, qui utilise deux dessins géométriques à la perspective légèrement différente.

La photographie naît officiellement l’année suivante. Et c’est par elle que la stéréoscopie connaît un réel succès. On fait du relief en daguerréotype, puis sur papier et plaque de verre. A la fin du XIXe siècle, avec les photographes amateurs, la stéréoscopie connaît un véritable engouement populaire. Le relief passionne. Les formats les plus usités sont le 4,5x10,7 et le 6x13 centimètres. Ce plaisir de la troisième dimension durera jusque dans les années 1930, malmené par la carte postale et la presse de reportage. Dans la quête du réalisme, le cinématographe et la couleur sont d’autres sérieux concurrents.

Voir en relief, c’est recevoir à chaque œil une image légèrement décalée d’un même objet. Nos yeux sont placés sur un axe plan et horizontal, avec un écart d’environ sept centimètres. Le cerveau combine les deux images perçues et nous donne la perception du relief.

Les appareils de prise de vue stéréoscopiques comprennent deux optiques, écartées de ces sept centimètres. Lorsque le photographe déclenche, il enregistre simultanément sur la plaque les deux images avec le décalage. C’est la phase d’analyse.

Pour synthétiser le relief, il doit présenter à chaque œil l’image qui lui est due. Le stéréoscope le plus efficace est une sorte de paire de jumelle, à deux optiques. Chaque œil voit sans interférence l’image qu’il doit voir.

Portique d’entrée du temple du Nuage blanc. Pékin, 1909 (?).

Plaque stéréoscopique N&B négative 4,5x10,7 cm, Jacques Gachet, N96.

© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

  

 Stéréoscope manuel pour plaques 6x13 cm

© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine


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