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Les fondations

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Pour tenter d'agir sur son époque


Albert Kahn crée et finance de nombreuses institutions. Chacune est consacrée à une action spécifique : création d’une documentation, échange d’informations, pratique de la recherche, contribution au mieux-être des populations. Réunies, elles révèlent leur unité et la nature politique de l’œuvre d’Albert Kahn.

Le banquier, pacifiste et internationaliste, tente d’agir sur son époque et sur l’avenir du monde en s’adressant aux élites de tous pays.

À cette époque, de nombreuses personnalités influentes, célèbres et moins célèbres, ont participé à cet oeuvre et contribué à instiller l’idéal de Kahn dans leur milieu.

Les bourses de voyage Autour du Monde

« Oubliez tout ce que vous avez appris. Gardez les yeux ouverts. »


Au printemps 1898, on peut lire dans le journal Le Temps une information selon laquelle de jeunes agrégés auront la possibilité de faire un tour du monde, en toute liberté, grâce à un « généreux donateur anonyme ». Sous l’égide de l’université de Paris, Albert Kahn vient de créer les bourses de voyage Autour du Monde.
Étendues rapidement aux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, elles leur permettent de faire le tour du monde pendant environ 15 mois et de rapporter des témoignages concrets des pays visités.
La fondation se développe ensuite à partir de 1906 au Japon, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis et en Russie. Réservé initialement aux hommes, le bénéfice de ces bourses est étendu aux femmes en 1905.

En 1898, Albert Kahn a déjà beaucoup voyagé et mesuré l’apport intellectuel de ces déplacements. Sa conviction est faite que les conflits naissent souvent d’une mauvaise connaissance des nations entre elles. Les boursiers doivent observer, avec un regard neuf, les pays visités. Il souhaite que les professeurs enrichissent leur savoir livresque par l’expérience directe du terrain et en fassent ensuite bénéficier la jeunesse. Cette idée est alors partagée par de nombreux milliardaires notamment anglo-saxons.

En tout, de 1898 à 1931, ils seront 72 français à en bénéficier. 48 hommes et 24 femmes. Pour les hommes, l’âge moyen est de 27,5 ans. La plupart sont des agrégés. On compte aussi Mathurin Méheut, peintre sans diplôme. Pour les femmes, l’âge moyen est de 31,5 ans et elles sont toutes agrégées. La pratique de l’anglais est obligatoire. 73 boursiers sont étrangers, dont 18 japonais, 17 allemands, 21 anglais, 15 américains et deux russes (la guerre met fin aux bourses russes et allemandes en 1914).

Si la plupart des boursiers se consacrent une fois revenu à l’enseignement, certains deviennent journalistes tandis que d’autres occuperont des fonctions importantes à la SDN.
    
Le voyage autour du monde

« J’ai l’impression d’avoir plus compris et appris pendant ces quelques semaines-là qu’en plusieurs années. » (Marguerite Clément, en 1908, au retour d’un séjour en Italie).

Le lauréat est informé par lettre que la commission lui a octroyé une bourse et on lui réclame un itinéraire plus précis que celui qu’il a esquissé lors de sa candidature. Les boursiers bénéficient de réductions dans les compagnies maritimes et ferroviaires françaises. Ces dernières sont précieuses car les transports pèsent lourd dans le budget des voyageurs.

Le lauréat part « autour du monde » en suivant les conseils contenus dans les notes d’Albert Kahn. Une liste de pays et de villes à visiter est donnée : par exemple, les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Indochine, Singapour, les Indes, l’Égypte, Athènes, Constantinople, la Russie, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre…On leur donne aussi une liste d’affaires à emporter, ainsi que des      « conseils pour l’hygiène des voyageurs ».

Les boursiers doivent tenir au courant l’université de l’évolution de leur périple par des courriers. Au retour, ils s’engagent à envoyer un rapport et à faire des conférences sur leur voyage.

Quelques boursiers

Eileen Power, lauréate britannique d'une Bourse Autour du Monde en 1920

13 avril 1926. Autochrome d'Auguste Léon, inv. 48 293
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Alfred Péron, lauréat d'une Bourse Autour du Monde en 1929

28 septembre 1929. Autochrome.
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Félicien Challaye (et son épouse), lauréat d'une Bourse Autour du Monde en 1899

06 juillet 1920. Autochrome.
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La société Autour du Monde


Dès 1902, les premiers boursiers se réunissent périodiquement pour des repas pendant lesquels ils donnent des conférences sur leurs voyages. Albert Kahn, qui fut invité à l’un des dîners, décide de leur attribuer un local. Le 30 décembre 1906, les statuts de la société Autour du monde sont proclamés en présence d’Albert Kahn, de Casimir Perier, ancien président de la République et de Louis Liard, Recteur de l’Académie de Paris, l’institution qui délivre les bourses autour du monde.

 

Pour accueillir la Société, Albert Kahn fait aménager, pendant des mois, une grande villa de sa propriété boulonnaise, qui sera désormais appelée le Cercle.

Les statuts de la société précisent que les membres « se proposent de travailler à répandre, en France, la connaissance exacte des pays étrangers, à l’étranger celle de la France, à faire comprendre et estimer tout ce que l’on peut appeler la civilisation internationale ». Les bénéficiaires des bourses Autour du Monde en sont membres de droit. Mais la société est aussi ouverte aux « personnes qui, par leurs voyages ou leurs travaux ou leur action, témoignent une sympathie et promettent une collaboration à l’œuvre entreprise par M. Albert Kahn ». En 1906, la société compte 31 membres, elle en comptera 186 à son apogée en 1931.

La société accueille des invités, des grands esprits, femmes et hommes illustres ou non, français et étrangers, qui manifestent leur attachement à l’esprit de la société.

En 1922, Henri Bergson devient président de la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI), à l’origine de l'UNESCO. Il existe de nombreux liens entre la CICI et la société Autour du Monde, dans les relations qu'elles entretiennent entre elles et dans l'esprit qui les anime. A Boulogne, les membres français de la CICI sont invités et des séances de travail ont lieu avec eux en présence de Bergson, Marie Curie ou Einstein…
Dans une lettre écrite en 1931 à l'occasion de la célébration du vingt-cinquième anniversaire de la société Autour du Monde, Bergson établit la filiation entre la CICI et la société Autour du Monde : « Si jamais, grâce au travail qui se poursuit à Genève, la « société humaine » arrive à prendre corps, on dira peut-être que le Cercle de Boulogne avait quelque chose pour lui préparer une âme. »

La ruine d’Albert Kahn, dans les années 1930, impose un net ralentissement des activités. La société survit néanmoins après la guerre, jusqu'en 1949.

Le cercle autour du monde, Boulogne, 1913

Autochrome, inv. A 198
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Salle à manger du Cercle « autour du Monde », Boulogne, juin 1911

Autochrome d'Auguste Léon, inv. B 121
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Salle à manger du Cercle « autour du Monde », Boulogne, juin 1911

Autochrome d'Auguste Léon, inv. B 121
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La chaire de géographie humaine


Le projet des Archives de la Planète conduit Albert Kahn à recruter un directeur scientifique pour garantir le respect des objectifs qu’il a fixés. Albert Kahn établit un profil type du directeur : « il me faudrait un homme actif, suffisamment jeune, habitué à la fois aux voyages et à l’enseignement, et d’une compétence reconnue comme géographe ».

Henri Bergson et le géologue Emmanuel de Margerie s’entremettent pour organiser la rencontre entre Jean Brunhes et Albert Kahn. Les recherches de Brunhes dans la discipline, encore récente, de la géographie humaine ne peuvent en effet que rejoindre les aspirations d’Albert Kahn.

En 1912, le président de la république Armand Fallières nomme Jean Brunhes titulaire de la chaire de géographie humaine au Collège de France. Le financement de cette nouvelle chaire est assuré par Albert Kahn.

Entre fin 1912 et 1927, le géographe fait plusieurs voyages d’études en Europe, mais aussi au Proche-Orient, en Asie du Sud-Est et au Canada. Ces missions enrichissent à la fois le fonds des Archives de la Planète et les cours du Collège de France, illustrés de photographies et de films.

Jean Bruhnes

Jean Brunhes, Boulogne, 11 septembre 1922

 Autochrome d’Auguste Léon (?), inv. 13099.

 © Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Le Comité du Secours national


Le 4 août 1914, trois jours après la déclaration de la Première Guerre mondiale, Albert Kahn initie le comité du Secours national, destiné à alléger les misères des populations civiles. Il confie son idée au mathématicien Paul Appell (président de l’Institut), qui devient président du comité.

34 membres initiaux constituent le comité, placé sous le haut-patronage de Raymond Poincaré, président de la République. On y trouve des hommes politiques de tout bord, mais aussi le préfet Louis Lépine, le secrétaire général de la CGT, le cardinal archevêque de Paris ou le grand rabbin de France. La générosité de la population et des chefs d’entreprise permet au comité de distribuer pendant la guerre des millions de repas et de couvertures aux réfugiés des zones de combat.

Le Comité national d'Etudes sociales et politiques


Créé en 1916, le Comité national d’Études sociales et politiques (CNESP) est un forum des élites de la société. On y trouve des responsables politiques (Édouard Herriot, Paul Doumer…), de l’administration, de l’industrie (Louis Bréguet, André Michelin, Marcel Bloch-Dassault…), de la santé publique, de l’armée (les maréchaux Foch et Lyautey…), des syndicats, des Églises, etc.

Deux réunions par mois, en moyenne, se tiennent pour la plupart à la Cour de cassation de Paris. En 16 ans, 456 séances ont lieu.

Les statuts du Comité établissent que son but est de « grouper des Français représentatifs de toutes les opinions, de toutes les croyances et de tous les milieux, en  vue de l’Étude positive des questions d’ordre social et politique d’un intérêt général ». Les 50 membres ordinaires analysent les problèmes économiques, politiques et sociaux de leur temps et débattent des solutions expérimentées dans divers pays.

Cette réflexion collective est relayée par la publication du contenu des exposés et des débats qui s’ensuivent. Albert Kahn fait distribuer gratuitement ces bulletins à des bibliothèques, ainsi qu’à une sélection de personnalités françaises et étrangères. Il espère ainsi procurer, à tous ceux qui détiennent la destinée des nations, des outils de réflexion utiles à la construction de la paix internationale.

Des bulletins d’information
 

À partir de 1916, Albert Kahn édite, sous l’égide du CNESP, quatorze bulletins d’information (L’Esprit public en France, Les Faits sociaux et ouvriers, La Vie économique, L’Orientation nouvelle, Les Réalités, La Journée planétaire …), à l’intention des élites qui concourent à la direction des nations.

De périodicité variable, ces publications, sortes de revues de presse, sont constituées essentiellement de titres ou d’extraits d’articles tirés de la presse nationale et internationale.

Au final, on compte 336 volumes de 300 pages soit au total une documentation de plus de    100 000 pages.

 

bulletin du CNESP

Deux centres de documentation sociale


« Pour l’étude scientifique des problèmes de la vie sociale, il y aurait intérêt à créer une fondation dont le but général serait la documentation. »

En 1919, un débat met au premier plan le retard de la France face à l’Allemagne dans le domaine des sciences sociales. Pour y remédier, Albert Kahn finance dès 1920 un centre de documentation sociale (CDS) à l’École normale supérieure, rue d’Ulm. L’innovation n’est pas tant le type de documentation (archives papier et publications imprimées) que le domaine concerné : la société contemporaine.

En 1926, Gustave Lanson, directeur de l’ÉNS, décrit le centre comme une « sorte de séminaire ou de laboratoire, où des philosophes et des historiens viennent apprendre à recueillir, classer, interpréter les faits contemporains de l’ordre social et économiques et à soumettre cette matière, toujours si difficile à connaître, aux règle de la méthode critique. » En 1929, le fonds documentaire s’est enrichi de 4 000 livres et 90 revues, recevant les publications du Bureau international du travail ou de la Société des Nations.

En 1927, Albert Kahn subventionne l’ouverture d’un second centre de documentation à l’École normale supérieure de jeunes filles à Sèvres. Ces deux centres ont pu former une génération de chercheurs ouverts sur le monde contemporain, jouant ainsi un rôle décisif dans le développement des sciences sociales en France.

Un laboratoire de biologie


En 1926, Albert Kahn, se sentant concerné par les progrès de l’hygiène publique, installe dans sa propriété de Boulogne un laboratoire de biologie.

Il en confie la direction au docteur Jean Comandon (1877-1970), pionnier de la recherche scientifique dans le domaine de l’infiniment petit. Recruté en 1908 par Charles Pathé pour produire des films scientifiques, Comandon n’est plus employé, après le rachat de la maison Pathé en 1926.

Albert Kahn s’intéresse aux applications médicales des recherches du biologiste en matière de santé publique pour la prévention de la syphilis et de la tuberculose.

Les deux hommes sont convaincus de l’importance du cinéma pour l’enseignement et la recherche. La mise au point, par Comandon, de la microcinématographie – enregistrement filmé à l’ultramicroscope des mouvements de micro-organismes – permet de révéler des phénomènes totalement méconnus ou insoupçonnés, parce qu’invisibles à l’œil nu.

 

 

 

 

Naissance de quelques fleurs de Jean Comandon

 

 

Grâce aux moyens mis à disposition par Albert Kahn, Comandon, assisté de Pierre de Fonbrune, réalise une vingtaine de films de recherche scientifique.

En mars 1932, suite à ses problèmes financiers, Albert Kahn met fin à l’activité du laboratoire de biologie. Jean Comandon, après avoir racheté le matériel, s’installe à l’Institut Pasteur jusqu’en 1967.

 Jean Comandon

Jean Comandon

© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

 

 

 

Un centre de médecine préventive


L’hygiène individuelle et collective est l’une des préoccupations d’Albert Kahn. Comme beaucoup de ses contemporains, il est sensible au désarroi causé par des fléaux tels que la tuberculose ou la syphilis.

Les conditions d’hygiène, l’environnement professionnel et familial de l’individu lui paraissent devoir être pris en compte si l’on veut favoriser une population saine et féconde. L’idée d’une médecine préventive qui comprendrait examen prénuptial et la surveillance des nouveaux-nés fait son chemin.
 
En 1929, Albert Kahn finance un centre de médecine préventive à l’université de Strasbourg. C’est la première mesure de prévention médicale intervenant en France en faveur des étudiants. En 1930, elle est accessible à tous les étudiants de première année, quelle que soit leur université.

Le centre est financé par l’intermédiaire du CNESP, dont les débats en 1928 ont fait une large place à l’intérêt de la prophylaxie et à ses méthodes.

Couverture du bulletin du CNESP consacré à la médecine préventive

 

La centrale de Recoordination


En avril 1929, six mois avant le « Jeudi noir » de Wall Street, Albert Kahn se préoccupe de la survie de son œuvre. Vouant une grande admiration à l’université française, sous les auspices de laquelle il a toujours placé ses réalisations, il se tourne vers elle pour en assurer la pérennité.

Le 29 avril à la Sorbonne, en présence du président du Sénat Paul Doumer, il confie, devant notaires, la responsabilité de poursuivre son œuvre à l’université de Paris. L’ensemble prend le nom de Centrale de recoordination.

Ce don s’accompagne d’un premier versement  pour animer les institutions assorti de la promesse de léguer une forte somme au décès du mécène.

Mais la ruine du banquier intervient avant qu’il ait pu doter des fonds nécessaires cette ultime fondation chargée de veiller dans le long terme au bon fonctionnement de ses œuvres. Lorsqu’il meurt ruiné en 1940, cette œuvre est dispersée.


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